Une entreprise chinoise au cœur de l’affaire des laits infantiles
Après les rappels de lait infantile par plusieurs industries, dont Nestlé et Lactalis, les enquêtes continuent. L’entreprise chinoise Cabio Biotech est pointée du doigt comme étant la source de la contamination à la céréulide.
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Depuis plusieurs semaines, de nombreux fabricants de lait infantiles ont lancé des rappels massifs de produits, comme Lactalis et Nestlé. En cause, une potentielle contamination à la céréulide, une toxine provoquant notamment des vomissements importants. Cette toxine est présente dans l’huile riche en acide arachidonique (ARA), lui-même ajouté à la composition des laits infantiles. L’affaire a pris un nouveau tournant lorsque deux enquêtes ont été ouvertes en France à la suite de deux décès de nourrissons ayant consommé des laits faisant l’objet de rappels par Nestlé. À noter, qu’à l’heure actuelle, aucun lien de causalité n’a été mis en évidence, précisent les autorités.
Une entreprise chinoise mise en cause
Cabio Biotech, une entreprise de Wuhan, dans le centre de la Chine, est pointée du doigt dans l’affaire. Elle serait l’entreprise fabriquant la substance de synthèse à l’origine des contaminations des laits en poudre à destination des nourrissons.
Selon des sources proches du dossier français, souhaitant rester anonymes, l’entreprise Cabio Biotech est le fournisseur de plusieurs fabricants ayant rappelé des produits infantiles. Une information confirmée par les documents boursiers de l’entreprise où figurent clairement les clients Danone et Nestlé. L’organisation de défense des consommateurs Foodwatch a également précisé que Cabio Biotech est l’un des seuls fournisseurs au monde d’acide arachidonique (ARA).
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À noter que la plupart de ces industriels ne se sont jamais exprimés sur la source du problème ayant engendré ces rappels. Seul le fabricant Nutribio a ouvertement cité Cabio Biotech pour justifier ses rappels. Le ministère de l’Agriculture a quant à lui indiqué que les rappels de Nestlé, Lactalis et Vitagermine menaient à un même producteur chinois.
Les autorités chinoises affirment leur engagement
Cabio Biotech ne s’est pour l’heure pas exprimée sur le sujet. Concernant les autorités chinoises, le régulateur précise qu’il accorde « une grande importance » à cette affaire et affirme son engagement « à mener les actions nécessaires pour garantir totalement la qualité et la sécurité des préparations pour nourrissons », sans mentionner Cabio Biotech.
Le sujet reste sensible pour la Chine. En effet, en 2008, 300 000 nourrissons ont été malades et six sont morts après avoir consommé des laits contaminés. Certains avaient présenté des complications rénales sérieuses suite à l’ingestion de mélamine, une substance destinée aux colles, aux résines et aux engrais. L’affaire avait marqué les consommateurs chinois et avait discrédité la filière locale de lait. L’industrie locale a mis du temps à se relever après ce scandale.
Des actions « tardives »
L’association Foodwatch ainsi que huit familles ont déposé une plainte accusant les industriels et le gouvernement de ne pas avoir agi à temps. « Les faits sont particulièrement graves puisque ces laits contaminés à la toxine céréulide sont souvent destinés à des nourrissons de moins de six mois, parfois des prématurés au système immunitaire d’autant plus vulnérable », a souligné l’association.
Le tribunal administratif de Paris a rejeté le recours attestant qu’« au vu des déclarations publiques de la ministre de la santé du 23 janvier 2026, affirmant que l’ensemble des laits infantiles concernés par la contamination à la céréulide ont été retirés de la circulation et que la situation est maîtrisée, les éléments de la requête ne révèlent […] aucune carence caractérisée de l’État ».
Le gouvernement s’est quant à lui défendu en précisant que les procédures avaient été « très très bien respectées » et que tous les lots concernés ont « été retirés ». « Le rôle de l’État est d’être à chaque étape pour vérifier que les choses sont faites correctement. Et c’est ce que nous avons fait », affirme Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture.
Vendredi 30 janvier, le quotidien français Le Monde a indiqué que la présence d’une toxine dans des produits infantiles de Nestlé avait été identifiée dix jours avant les premiers rappels. De son côté, Nestlé reconnaît avoir tardé à rappeler ses produits, attendant une analyse des risques pour la santé. Ce n’est qu’après que l’entreprise a alerté les autorités néerlandaises, puis européennes pour commencer un rappel « par précaution » de « tous les produits fabriqués depuis l’installation de l’équipement dans notre usine aux Pays-Bas ». Dans un communiqué, une porte-parole de l’entreprise précise que ce sont des « très faibles niveaux » de toxine qui ont été détectés fin novembre et rappelle l’absence « de réglementation fixant une limite maximale pour la céréulide ».
Mercredi 28 janvier 2026, l’autorité sanitaire européenne (Efsa) a indiqué avoir été saisie par la Commission européenne pour établir une norme sur la céréulide dans les produits pour enfants. Elle rendra son avis le 2 février.
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